La renaissance des vins bretons

Un phénomène qui attire beaucoup de regards : des vignes en Bretagne, naissance ou renaissance ?

De nombreux projets viticoles bretons se développent, nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec certains d’entre eux.

Le retour d’un vin breton ? 

 

La Bretagne est connue principalement pour sa cidriculture très développée et non pour la viticulture. Mais malgré quelques idées reçues, la Bretagne a déjà produit son vin. Jusqu’en 2016, les producteurs n’avaient pas d’autorisation pour commercialiser leur production. Mais l’on retrouve tout de même des pieds de vignes datant des années 90. 

L’espoir de voir naître à nouveau des productions bretonnes se concrétise. Le changement climatique impacte les terres et, pour beaucoup, c’est un départ pour produire du vin breton

C’est une réimplantation de vignes sur le territoire breton, principalement dans le Finistère et dans le Morbihan. Certains le tentent dans un cadre privé et d’autres ont l’objectif de pouvoir le commercialiser. Plusieurs de ces projets sont lancés en polycultures (cidre, miel…) et surtout ce sont des productions bio pour la majorité.

carte vin breton

Échanges avec les vignerons bretons

 

Nous sommes donc parties à la rencontre de ces vignerons. Aujourd’hui, on se retrouve pour un échange avec Bertrand Malossi, du domaine Les Vignes de Kerdonis, à Belle-île en Mer. 

Bertrand Malossi (à gauche), se trouve dans le Sud de la France où il est directeur d’exploitation du domaine de La Vallongue. Cependant, le projet breton des Vignes de Kerdonis est entre de bonnes mains, celles de Grégory Debruyne (à droite). Premier employé sur le site, ancien maraîcher bio, il s’occupe de la croissance de ce beau projet bio. 

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Pouvez-vous nous parler de votre projet ? Avez-vous commencé à planter des vignes en Bretagne ?

 

On a déjà planté 4 hectares. 2 hectares 70 en 2021 et 1 hectare 50 en 2022. (…) On a toujours quelques petites grappes qui poussent mais on attendra plutôt 2024/2025, (pour les premières vendanges) on ne veut pas épuiser les pieds. Enfin ça pousse assez bien, on est assez contents des vignes telles qu’elles sont et de leur état. L’année prochaine on aura certainement quelques raisins mais on les vinifiera plus tôt à partir de l’année d’après.” 

Concernant la structure : “(…) on a commencé par implanter le vignoble, planter les vignes. On ne veut pas se presser pour produire du vin, on préfère attendre un petit peu. On doit être équipé au niveau de la cuverie, aussi trouver un endroit pour vinifier. Au début, il n’y aura sans doute pas beaucoup de volume. Notre prochain objectif est donc de trouver un endroit pour vinifier et planter progressivement les autres terrains que nous avons acquis.

Pourquoi avoir voulu vous lancer dans la production de vin en Bretagne ?

“Je travaille depuis presque 6 ans sur l’idée, j’ai le projet en tête de mettre de la vigne à Belle-Île depuis peut-être 15 ans et ça me trottait dans la tête de plus en plus. (…) depuis toujours je souhaitais planter de la vigne là- bas. (…) Quelque temps après mon embauche au Domaine de La Vallongue j’avais toujours ce projet en tête, et j’ai proposé à Monsieur Latouche dans le cadre de notre développement agricole, et il a accepté. Ça fait donc 5 ans que je travaille sur ce projet là.

Discussion avec les pouvoirs publics, avec les élus, des gens sur place, trouver des terrains, ça s’est fait progressivement

Puis maintenant que l’on voit qu’il y a des projets de vignes  un peu partout, je crois que les gens ont compris que ça avait beaucoup de sens de faire cela à Belle-Île puisque la climatologie est déjà un peu atypique par rapport au reste de la Bretagne. Je ne suis pas un spécialiste de la Bretagne (…) mais enfin j’y suis allé à différentes saisons et j’ai l’impression qu’à Belle-Île nous avons quand même un petit peu plus d’ensoleillement qu’ailleurs. Déjà peut-être du fait de l’insularité et puis peut-être des températures un petit peu plus élevées (…) par sa position plus au Sud et protégée par le Golfe du Morbihan. 

Je ne sais pas trop à quoi l’attribuer mais en regardant les courbes de températures et les pluviométries, on se rend compte aussi qu’on a plutôt une saison sèche en été ce qui est plutôt propice à la culture de la vigne.

C’est d’autant plus marqué depuis quelques années, et on a des étés qui sont peut être de plus en plus secs, doux, des automnes pas trop pluvieux non plus, à Belle-île il y a un vrai été indien (…) toutes ces conditions sont donc favorables à la vigne. (…) je pense que la climatologie de Belle-Île va bien.”

Les cépages bretons 

On a commencé à planter que du blanc pour l’instant, pour essayer de voir déjà ce que ça peut donner et puis petit à petit on plantera peut-être un petit peu de parcelles de rouge mais avec parcimonie. On veut être sûr de la maturité. (…) Pour l’instant, on a planté Chardonnay et Savagnin. On a planté deux cépages parce que je voulais sortir un peu de l’univers du sauvignon. Déjà pour faire un itinéraire de vin, pas forcément nature, mais un milieu où on intervient très peu, des vins où on ferait une fermentation malolactique, des vins qui s’adaptent avec un belle poêlée de saint-jacques. Le chardonnay et le savagnin sont deux cépages assez gras en bouche (…) J’aimerais bien qu’on mette un peu de rouge aussi mais on veut d’abord valider les maturités des blancs avant de mettre du rouge.”

Souhaitez-vous valoriser votre vin et votre domaine viticole par le tourisme en Bretagne ? 

“Déjà il faut qu’on fasse du bon vin. Mon but en tant que technicien du vin est qu’une fois que l’on aura un bon vin, le vendre ne sera plus tellement un problème, à partir du moment où la qualité est au rendez-vous. Après l’idée serait de le vendre sur place évidemment, on ne va pas faire traverser des bouteilles. (…) Il y aura peut-être une petite partie en France dans des restaurants mais j’aimerais si possible vendre la majorité du vin sur place, avec les consommateurs locaux, les touristes évidemment, les restaurants. Puis ça a du sens de produire un vin local, il me semble que les gens auront plaisir à boire du vin de Belle-Île.”

« J’aimerais bien aussi qu’on puisse intéresser effectivement ceux qui prêtent un intérêt à notre projet, donc leur expliquer la façon dont on travaille, c’est pour que lorsque l’on me pose des questions sur le projet j’y répond volontiers, il y a un but pédagogique.

Ils ont créé une section viticole il me semble au lycée agricole d’Auray (…) Je crois que l’avenir du vin en bretagne est plutôt beau, après j’espère qu’on aura des projets vertueux, respectueux de l’environnement mais pour moi le vin à toute sa place en bretagne. D’ailleurs ce n’est pas une place qu’il usurpe ce vin puisqu’il était bien présent au 19ème/18ème siècle.

On a fait tout un travail de recherche de ceps de vignes à Belle-Île puisque l’idée, fin un rêve, c’était de retrouver peut-être un cépage qui n’existerait que là. Je me suis dis une île, il y a eu un passé viticole, pourquoi il n’y aurait pas un cépage finalement. (…) Avec Yves Brien, surtout grâce à lui car il est présent sur l’île beaucoup plus que moi, je crois qu’il en a fouillé chaque centimètre carré, on a cherché des cépages qui existaient encore et on les a fait analyser par l’INRAE de Montpellier (…) On a trouvé la moitié qui était des cépages hybrides et parallèlement on a trouvé aussi du Cot, de la folle blanche, du Lignon, preuve que Belle-Île a été vraiment viticole. Les gens ont planté de la vigne pour en faire du vin, ou de l’eau de vie. On a même trouvé un pied de mourvèdre. On n’a pas pu trouver de cépage comment dire, indigène entre guillemet, du coup on a laissé tomber.”

Les projets touristiques bretons

Autre projet, autre rencontre, Guillaume Hagnier, Marie Devigne et leur projet plein d’avenir. 

La Mairie de Sarzeau souhaitait réimplanter de la vigne sur leur terre. Guillaume Hagnier et Marie Devigne avaient eux aussi une idée viticole en tête en arrivant en Bretagne. L’accord fut donné et ce beau projet fut lancé. Locataires des terres depuis 2020, lors de la plantation des vignes, ils exploitent aujourd’hui près de 6 hectares. Ce projet bio se développe petit à petit, vous aurez peut-être la chance de goûter le premier millésime courant 2023… Le souhait de valoriser le local et le bio est mis en avant. Guillaume Hagnier souhaiterait vendre la grande majorité de leur production sur l’exploitation-même. Le couple compte bien entendu sur les locaux et les touristes, ils veulent satisfaire un maximum de monde. Le désir d’échanger et de partager est présent. Chardonnay, Cabernet Franc et Chenin sont les cépages actuellement développés. 

Pour le moment, pas d’activité touristique mise en place mais ce n’est que le début. Le vigneron souhaiterait, dans le futur, partager et faire découvrir leur produit. Entouré de chemins et moulins, le domaine à tout plein d’avantages pour proposer de belles activités découvertes autour de son histoire. Dégustation et vinothèque sont dans les projets futurs de cette belle exploitation naissante (ou renaissante). Situé à un kilomètre de la mer, de belles balades et randonnées pourraient également voir le jour. 

Nous sommes donc impatients de nous rendre sur la presqu’île de Rhuys pour découvrir les lieux. 

Si vous souhaitez en apprendre plus sur ce projet, cliquez ici pour écouter le Podcast du Ouest-France.

Le début des offres vitivinicoles en Bretagne 

Pour les vignerons bretons, cette renaissance n’est qu’un début, il y a de la place pour toutes les cultures et produire du vin sur des terres déjà travaillées fait sens. Tous ces projets se concrétisent et voient peu à peu le jour. Ils partagent des valeurs communes. Effectivement la quasi-totalité des projets sont en bio et l’objectif premier des vignobles est de se concentrer sur le local. Ils ne cherchent pas à commercialiser en grande quantité. La qualité est leur priorité. Il n’y a, pour le moment, pas de projet de grande envergure. Malgré les réticences de certains, pas de mauvaise surprise, les vignes poussent bien pour le bonheur de nos vignerons. 

Concernant la valorisation par le tourisme, les avis divergent en fonction de leur situation géographique. Mais pour certains, malgré leur projet récent, faire découvrir leur travail et partager aux amateurs, curieux et passionnés est dans leurs projets futurs. Cela permettrait de se développer et se réinventer tout en valorisant le secteur local.  

Tous ces beaux projets nous font de l’œil et nous attendons impatiemment de goûter le premier millésime. En espérant de retrouver dans quelques temps de chouettes activités touristiques entre mer et vigne, à la découverte des petites productions bretonnes. 

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Un grand merci à Bertrand Malossi, Grégory Debruyne, Guillaume Hagnier et Catherine Bourdon,  pour ces échanges très riches concernant ces beaux projets engagés et réfléchis. 

Sources photos : Bertrand Malossi, Télégramme, Guy Sedrenan, la RVF. 

Rédaction : Adèle Rocheteau & Marine Cessou 

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